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Si vous appréciez – comme nous – les propos et les écrits de Philippe Bilger !

12 octobre 2021

COURRIER DES LECTEURS

Philippe Bilger sort un ouvrage : des pensées, des idées, des aphorismes, écrits ces mois derniers, et donc jamais édités avant.

Dans l’article ci-dessous que nous venons de reprendre sur son Blog, Justice au Singulier, l’auteur écrit :

09 octobre 2021

On n’est jamais aussi libre qu’on le voudrait !

Une histoire éditoriale qui m’a beaucoup fait réfléchir. Sur moi d’abord et quelques ombres.

Après la publication du Mur des cons chez Albin Michel, j’ai été saisi d’une sorte de stérilité littéraire que je compensais par l’écriture de mon blog et mes autres activités médiatiques. Pourtant j’éprouvais comme une mauvaise conscience et un jour, pour me réhabituer à une possible publication, je me suis mis à concevoir des « pensées » en vrac, caractérisées par un total pluralisme qui permettait à mon tempérament lui-même contradictoire de s’exprimer.

J’ai proposé l’idée à deux éditeurs que je connaissais mais ils l’ont aimablement refusée. Grâce à un ami, Thomas Clavel (fils du critique littéraire et remarquable esprit André Clavel, infiniment regretté), qui publiait à la Nouvelle Librairie (NL) de François Bousquet, j’ai pu obtenir l’accord de cette maison d’édition, chiche en moyens mais compétente, curieuse et cultivée.

Le livre a été publié le 30 septembre sous le titre « Libres propos d’un inclassable« .

Pour aller à l’essentiel, j’avais pris l’habitude de changer presque systématiquement d’éditeur et ce n’était pas cette nouvelle opportunité qui me déstabilisait. Mais la réputation prétendument sulfureuse – à cause notamment de cette excellente et urticante revue Éléments – de la NL, qualifiée de droite, voire d’extrême droite, en tout cas très connotée politiquement, m’a mis un temps dans un état de malaise, presque de honte, qui s’est très vite dissipé.

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Parce que d’une part j’ai remarqué tout de suite l’intelligence et la qualité d’écriture de cet éditeur – dans le travail qu’il a accompli pour classer ces pensées « inclassables » et l’étincelante quatrième de couverture, la meilleure jamais rédigée au verso de mes livres – et qu’un examen de conscience, d’autre part, m’a contraint à me juger très mal. En réalité, comme souvent sur les plans politique et culturel en ce qui concerne les convictions conservatrices, j’avais été gangrené par la pression diffuse d’adversaires de gauche qui ne valaient pas ceux qu’ils estimaient infréquentables. Une pierre navrante à jeter dans mon jardin de citoyen et d’essayiste qui s’imaginait totalement libre et détaché de ces entraves de la peur et du qu’en dira-t-on.

À vrai dire, j’avais déjà ressenti cette impression quand il y a longtemps j’avais passé quelques heures dans un Salon organisé par Radio Courtoisie, au demeurant une radio où j’ai toujours été parfaitement libre de mes propos, la laissant à ses slogans qui ne m’ont jamais entravé une seconde. Dans ce Salon, j’ai usé d’une démarche de guingois, à la fois présent et l’ayant accepté mais gêné aux entournures comme si je commettais une faute en dialoguant, à cet endroit et sous cette égide, avec les lecteurs et en signant des livres. C’était déjà un premier accroc dans la prétention dont je me flattais d’être un esprit libre et concerné seulement par ce qu’il avait à penser, à dire ou à écrire. Ce n’était pas vrai puisque sans raison je me blâmais d’être là où j’avais le droit et la liberté d’être. À cause de la puissante influence délétère de la gauche et de l’extrême gauche.

Je songe à ces deux familles politiques et j’admets que, si elles avaient l’idée de me convier à des colloques, des débats, des Salons ou des interventions – à titre personnel, penser contre mais en compagnie ne m’a jamais gêné -, obscurément je serais presque flatté, comme si leur adoubement avait du sens, alors que leur extrémisme, leur intolérance et leur dogmatisme devraient me les rendre, sur les plans intellectuel et politique, peu fréquentables. Mais elles ont encore de l’avance dans le registre culturel qui empoisonne les esprits. Elles jugent la droite et la droite en est tourneboulée. Et celle-ci n’est pas loin d’attendre un étrange et aberrant quitus de ces idéologies et pratiques qui ne représentent plus l’ombre d’une espérance. Encore une pierre virtuelle projetée dans mon monde.

Je vais tenter de me débarrasser, une bonne fois, de ces subtiles et impalpables lâchetés pour n’être pas obligé de me répéter tristement : on n’est jamais aussi libre qu’on le voudrait !

https://www.philippebilger.com/blog/2021/10/on-nest-jamais-aussi-libre-quon-le-voudrait-.html