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« La deuxième Tribune des Militaires » : sous forme de pétition !

10 mai 2021

Courrier des lecteurs – Liberté d’expression –

Le lien est à la fin du texte !

Que ce texte ait été écrit – ou non – par des militaires d’active. Anonymes ou pas. Il est bien précisé que cette Tribune n’a pas comme but de « mettre à mal nos institutions ». Mais d’alerter « sur la gravité de la situation » ! Et nous reproduisons ce texte, parce que vous n’arrêtez pas de nous le demander. Parce que vous le cherchez partout, semble t’il. Et pour nous il s’agit d’Information et de Liberté d’Expression. Et rien de plus ! Alors bonne lecture et on espère avoir fait ce que vous attendez de nous. Merci

LE TEXTE :

Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs les ministres, parlementaires, officiers généraux, en vos grades et qualités,

On ne chante plus le septième couplet de la Marseillaise, dit « couplet des enfants ». Il est pourtant riche d’enseignements. Laissons-lui le soin de nous les prodiguer : « Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus. Nous y trouverons leur poussière, et la trace de leurs vertus. Bien moins jaloux de leur survivre que de partager leur cercueil, nous aurons le sublime orgueil de les venger ou de les suivre »

Nos aînés, ce sont des combattants qui ont mérité qu’on les respecte. Ce sont par exemple les vieux soldats dont vous avez piétiné l’honneur ces dernières semaines. Ce sont ces milliers de serviteurs de la France, signataires d’une tribune de simple bon sens, des soldats qui ont donné leurs plus belles années pour défendre notre liberté, obéissant à vos ordres, pour faire vos guerres ou mettre en œuvre vos restrictions budgétaires, que vous avez salis alors que le peuple de France les soutenait.

Ces gens qui ont lutté contre tous les ennemis de la France, vous les avez traités de factieux alors que leur seul tort est d’aimer leur pays et de pleurer sa visible déchéance.

Dans ces conditions, c’est à nous, qui sommes récemment entrés dans la carrière, d’entrer dans l’arène pour avoir simplement l’honneur d’y dire la vérité.

Nous sommes de ce que les journaux ont nommé « la génération du feu ». Hommes et femmes, militaires en activité, de toutes les armées et de tous les grades, de toutes les sensibilités, nous aimons notre pays. Ce sont nos seuls titres de gloire. Et si nous ne pouvons pas, réglementairement, nous exprimer à visage découvert, il nous est tout aussi impossible de nous taire.

Afghanistan, Mali, Centrafrique ou ailleurs, un certain nombre d’entre nous ont connu le feu ennemi. Certains y ont laissé des camarades. Ils ont offert leur peau pour détruire l’islamisme auquel vous faites des concessions sur notre sol.

Presque tous, nous avons connu l’opération Sentinelle. Nous y avons vu de nos yeux les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance. Nous avons subi les tentatives d’instrumentalisation de plusieurs communautés religieuses, pour qui la France ne signifie rien -rien qu’un objet de sarcasmes, de mépris voire de haine.

Nous avons défilé le 14 juillet. Et cette foule bienveillante et diverse, qui nous acclamait parce que nous en sommes l’émanation, on nous a demandé de nous en méfier pendant des mois, en nous interdisant de circuler en uniforme, en faisant de nous des victimes en puissance, sur un sol que nous sommes pourtant capables de défendre.

Oui, nos aînés ont raison sur le fond de leur texte, dans sa totalité. Nous voyons la violence dans nos villes et villages. Nous voyons le communautarisme s’installer dans l’espace public, dans le débat public. Nous voyons la haine de la France et de son histoire devenir la norme.

Ce n’est peut-être pas à des militaires de dire cela, arguerez-vous. Bien au contraire : parce que nous sommes apolitiques dans nos appréciations de situation, c’est un constat professionnel que nous livrons. Car cette déchéance, nous l’avons vue dans bien des pays en crise. Elle précède l’effondrement. Elle annonce le chaos et la violence, et contrairement à ce que vous affirmez ici où là, ce chaos et cette violence ne viendront pas d’un « pronunciamento militaire » mais d’une insurrection civile.

Pour ergoter sur la forme de la tribune de nos aînés au lieu de reconnaître l’évidence de leurs constats, il faut être bien lâche. Pour invoquer un devoir de réserve mal interprété dans le but de faire taire des citoyens français, il faut être bien fourbe. Pour encourager les cadres dirigeants de l’armée à prendre position et à s’exposer, avant de les sanctionner rageusement dès qu’ils écrivent autre chose que des récits de batailles, il faut être bien pervers.

Lâcheté, fourberie, perversion : telle n’est pas notre vision de la hiérarchie.
L’armée est au contraire, par excellence, le lieu où l’on se parle vrai parce que l’on engage sa vie. C’est cette confiance en l’institution militaire que nous appelons de nos vœux.

Oui, si une guerre civile éclate, l’armée maintiendra l’ordre sur son propre sol, parce qu’on le lui demandera. C’est même la définition de la guerre civile. Personne ne peut vouloir une situation aussi terrible, nos aînés pas plus que nous, mais oui, de nouveau, la guerre civile couve en France et vous le savez parfaitement.

Le cri d’alarme de nos Anciens renvoie enfin à de plus lointains échos. Nos aînés, ce sont les résistants de 1940, que, bien souvent, des gens comme vous traitaient de factieux, et qui ont continué le combat pendant que les légalistes, transis de peur, misaient déjà sur les concessions avec le mal pour limiter les dégâts ; ce sont les poilus de 14, qui mouraient pour quelques mètres de terre, alors que vous abandonnez, sans réagir, des quartiers entiers de notre pays à la loi du plus fort; ce sont tous les morts, célèbres ou anonymes, tombés au front ou après une vie de service.

Tous nos aînés, ceux qui ont fait de notre pays ce qu’il est, qui ont dessiné son territoire, défendu sa culture, donné ou reçu des ordres dans sa langue, ont-ils combattu pour que vous laissiez la France devenir un Etat failli, qui remplace son impuissance régalienne de plus en plus patente par une tyrannie brutale contre ceux de ses serviteurs qui veulent encore l’avertir ?

Agissez, Mesdames et Messieurs. Il ne s’agit pas, cette fois,  d’émotion sur commande, de formules toutes faites ou de médiatisation. Il ne s’agit pas de prolonger vos mandats ou d’en conquérir d’autres. Il s’agit de la survie de notre pays, de votre pays.

le lien : https://www.valeursactuelles.com/societe/exclusif-signez-la-nouvelle-tribune-des-militaires/

 » Eric Masson n’est pas mort à cause de la drogue !  » écrit Philippe Bilger

10 mai 2021

Courrier des lecteurs – ils n’écrivent pas que pour nous… – Liberté d’Expression –

Il ne se sera pas écoulé plus de dix minutes après que Philippe Bilger aura mis son texte en ligne, qu’aussitôt nous le reproduisons ! Sans y ajouter le moindre commentaire. Mais il se suffit à lui même. Et nous remercions l’auteur pour la façon claire dont il nous aide à comprendre ce monde qui nous entoure. Encore Merci à lui !!!!

10 mai 2021

Eric Masson n’est pas mort à cause de la drogue !

Comme l’a dit un syndicaliste policier qui a rectifié le ministre de l’Intérieur, le brigadier Eric Masson assassiné le 5 mai en plein centre-ville d’Avignon, n’est ni un soldat ni un héros mais un fonctionnaire de police.

Il n’est pas mort à cause de la drogue, même si la police est intervenue pour un « deal » et qu’apparemment le tireur et un complice auraient été interpellés dans la soirée du 9 mai (Le Point).

Gérald Darmanin a déclaré qu' »il n’y a pas de zones de non-droit en France, les policiers vont partout ; c’est une lutte permanente contre cette merde qu’est la drogue » (Morandini).

On sait que cette proclamation, pour volontariste qu’elle soit, ne correspond pas totalement à la réalité. La police ne va pas partout.

D’abord parce qu’elle n’est pas incitée à le faire sans discrimination.

Ensuite en raison du risque permanent que ses légitimes interventions suscitent dans des cités où une minorité prête à tout pour préserver ses trafics s’en prend à elle sans vergogne.

Enfin parce qu’une police républicaine aurait le devoir d’accomplir sa mission sur tout le territoire national mais encore faudrait-il qu’elle ne soit pas présumée coupable face aux voyous qui l’agressent – et trop mollement défendue par des autorités politiques qui préfèrent lui rendre hommage par le verbe plutôt que par une soutien constant et effectif…

Ce n’est pas le trafic de drogue qui a tué le brigadier Masson. Combien de deals, de livraisons, d’échanges et de turpitudes liés à la drogue, surabondants en France au quotidien, qui ne se sont jamais terminés par un meurtre ?

La terrifiante nouveauté est d’abord dans l’arrogance d’un trafic en plein centre-ville mais surtout dans le constat que les malfaiteurs d’aujourd’hui, à cause de la faiblesse de plus en plus délétère de ce pouvoir, n’hésitent pas à tirer sur un fonctionnaire de police, à le tuer comme s’il s’agissait, à cause d’un misérable trafic de drogue, de la chose la plus naturelle du monde.

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image en provenance du site de Philippe Bilger

Je comprends bien pourquoi Gérald Darmanin cherche à relier absolument l’assassinat du brigadier Masson à la drogue: cette explication entoure d’une horrible rationalité le fait criminel. Mais l’ignoble dépasse ce cadre, il est qu’un dealer, sans autre motivation que le désir de fuir, dans le rapport entre sa délinquance et le pire qu’il va commettre, choisisse ce dernier. Parce que la police n’est plus rien et que cet Etat ne fait plus peur.

Eric Masson n’est pas mort à cause de la drogue, de la même manière que le féminicide à Mérignac est d’abord la conséquence d’une honteuse exécution des peines. Derrière les apparences, il y a à chaque fois un désastre structurel et humain qui angoisse et indigne encore davantage.

Je ne me moque pas de l’offensive contre les 4 000 points de deals mais on sait bien que même si elle se poursuit, elle n’aboutira jamais à l’éradication de ce fléau, par l’usage puis par le trafic qu’il induit nécessairement, à une petite comme à une grande échelle.

Je n’ai pas besoin d’invoquer la drogue pour tenter de faire croire qu’une politique s’élabore et que miraculeusement la police sera sauve et que demain nous aurons enfin un monde pacifié.

J’ai le sentiment que nous ne sommes plus confrontés à une violence ordinaire, à une criminalité usuelle. Mais au déchaînement d’êtres qui s’ébattent dans l’espace national en méprisant les forces, police et Justice, qui devraient les intimider.

Pour nous consoler, comme à Mérignac on ordonnera une inspection des services judiciaires qui nous dira que tout a été normal, et qui ne servira à rien. Si exceptionnellement des fautes étaient relevées, comme elles ne seront pas sanctionnées ni les responsables fustigés, l’eau criminelle continuera à couler sous les ponts.

Si l’assassin d’Avignon est appréhendé, une information sera ouverte, le procès d’assises aura lieu mais dans combien de temps ? L’émotion se sera dissipée et on aura oublié qu’en plein centre-ville un homme a froidement abattu un brigadier de police.

J’en ai par-dessus la tête et le coeur des mots stériles du pouvoir. Je songe aux policiers qui sont blessés ou tués. Je refuse que la police doive se justifier comme si la légitime défense était du seul côté des voyous.

Eric Masson n’est pas mort à cause de la drogue. Mais parce qu’à force de ne plus être crainte, la force a changé de camp et est devenue impunité et arrogance chez les malfaiteurs.

On attend avec impatience les leçons des humanistes professionnels. Ils déplorent. Mais le brigadier Masson est mort.

Ni héros ni soldat. Brigadier de police.

Philippe Bilger, le 10 mai 2021

https://www.philippebilger.com/blog/2021/05/eric-masson-nest-pas-mort-%C3%A0-cause-de-la-drogue-.html