Il y a 100 ans : 1917, « l’année terrible »

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1917 : une année « terrible »

Pour les historiens, un an avant que ne soit signé l’armistice, le 11 novembre 1918, cette fin d’année 1917 est une période « terrible », et peut être la plus terrible de cette guerre, ce qui fait que des historiens lui donneront ce surnom.

La guerre s’étend sur un front de plusieurs centaines de kilomètres. Sur un arc de cercle qui va de l’est de la France à la Belgique. Les français contiennent le front à l’est de la France sans que personne n’avance ni d’un côté ni de l’autre. C’est le « Chemin des Dames ». Dans le Nord de la France, ce sont les canadiens qui sont décimés. A Vimy. Plus au nord, en Belgique, ce sont les britanniques qui essayent de tenir subissant de terribles pertes. A Ypres.

Pour toute l’année 1917,  du côté des Alliés comme du côté des Allemands, on recense, si on les additionnent, plus d’un demi million de morts et portés disparus. Plus un demi million de blessés graves, défigurés, handicapés à vie. Les blessés graves dont le pronostic vital n’est pas engagé, ou les blessés légers ne sont plus comptabilisés depuis des mois et personne n’a de statistiques ! Et puis entre les soldats dépressifs, choqués, traumatisés, désespérés, victimes de maladies infectieuses, de maux divers dus au manque d’hygiène, dénutris, parfois devenus fous, peut on dire qu’il en reste un seul qui soit bien portant et vraiment valide.

En Russie, les « rouges » qui viennent de s’emparer du pouvoir vont signer une paix séparée avec l’Allemagne. Les Allemands vont pouvoir ramener des troupes en France. Les Américains sont sur le sol Français. Ils se préparent. On trouve qu’ils prennent bien leur temps.

Les civils en France sont épuisés, affamés. Ils restent sans nouvelles parfois plusieurs mois de ceux qui sont au front. Sans savoir s’ils sont vivants ou morts. Le courrier ne passe plus. Un choix. Car les soldats au front écrivent à leur famille leur désespérance, leur écœurement. Mais il ne faut pas que leurs lettres arrivent et que cela sape le moral de Français qui seraient prêts à ce que la victoire soit concédée aux Allemands. Le français dit, épuisé : « Mais qu’on en finisse ». Quand un soldat meurt sur le front, on avertit sa famille trois mois, voire six mois après. Mais s’il est porté disparu on ne fera rien. D’ailleurs que dire ? On espère qu’il a pu être fait prisonnier, blessé mais peut être soigné en Allemagne. De vains espoirs.  La France fusille, bien plus souvent pour l’exemple que de façon motivée des soldats qui n’en peuvent plus. Les officiers, dans les tranchées, osent demander à leur État-major s’il est encore vraiment utile de faire sortir des soldats et les faire charger pour les voir tués jusqu’au dernier sans que cela change le cours des choses. Il arrive que ce soient  10 000 hommes, en une même journée, en quelques heures,  à être engloutis dans la fournaise. Pour rien.

En France, comme en Allemagne, on en est à se dire que c’est à celui à qui il restera quelques hommes en vie à la fin du match que reviendra, de fait,  la victoire !

Le fossé se creuse avec ces généraux qui à l’arrière, avancent des pions sur un échiquier, et ne parlent plus que de stratégie. Sauf que ces pions sont des hommes, des milliers d’hommes. Comme aux échecs, il faut savoir sacrifier son cavalier pour faire avancer sa  tour. Qu’importe si ce sont  des êtres humains.

Pétain, qui n’est pas encore le vieillard sénile qu’il deviendra,  est peut être le plus raisonnable de nos généraux. Lui a compris que faire massacrer des hommes pour ne gagner aucun pouce de terrain est une imbécillité. Il prononce une phrase qui restera célèbre. « Ce que je vais faire maintenant ? Rien !  Attendre !  Attendre qu’on me donne des chars plutôt que des chevaux pour affronter les chars allemands. Attendre que les Américains entrent dans la danse ».  Les faits lui donneront raison.

1917 est aussi l’année des femmes. Pour certains historiens l’année de l’avènement du féminisme. Elles assument les travaux des champs. Elle fabriquent les obus, les canons. Elles prennent conscience que tout repose sur elles et que si les hommes ne reviennent pas de la guerre, il faudra encore compter sur elles pour les décennies à venir. Elles revendiquent, elles manifestent. Elles et leurs enfants ont faim. Elles élèvent l’avenir de la France. De la chair à canon.  Ceux qui ont 15 ou 16 ans, et qui n’ont déjà plus de père, sont condamnés à être aspirés dans cette folie dans quelques mois.  Alors oui, qu’on en finisse. Même si on doit se soumettre à l’Allemand.  Le Front Populaire ne leur pardonnera jamais leur attitude et les accusera de trahison. On leur refusera le droit de vote. Depuis quand les femmes se mettent elles à raisonner ? Dans un monde fait pour les hommes !

Pour finir, il y aura le grand malentendu de cette guerre que sera l’armistice en 1918. Un armistice considéré du côté des Alliés comme une victoire définitive. On pavoise : « On n’est pas prêts de les revoir, ces allemands,  et on peut ranger les armes ».   Du côté des Allemands l’armistice est perçu comme une trêve, une simple pause. Et on sait comme cela se finira en 39. Du côté Français des villages entiers ont disparu dans la boue. Du côté Allemand, il n’y a nul dégât et on vivra comme avant sauf que bien des hommes ne reviendront pas. Mais la vie continue. On a perdu une manche, pas la guerre. Hitler prépare le deuxième set. L’entr’acte durera 20 ans.

Les allemands dans les années 30 piétinent les traités qu’ils ont signés, ils se réarment alors que cela leur est interdit. Les Français se mettent la tête dans le sable. Une spécialité. Guy La Chambre, le sous-secrétaire d’État français souhaite, comme on le lui a proposé de façon sérieuse, d’acheter des avions de chasse à l’Allemagne. Il est hué à l’Assemblée Nationale.  Et pourquoi pas aussi des tanks ou des canons ? Et n’a t’on pas en 1939 la plus puissante flotte de guerre de la planète ? On se sabordera. Et la ligne Maginot infranchissable  quand les boches vont s’y fracasser par devant ? Mais ils nous arriveront dans le dos ! Et Adolf, à part la moustache, n’a t’il pas une bonne tête ?

Les choses se précipitent. Le gouvernement tchécoslovaque capitule le 30 septembre 1938. Ce sont les accords de Munich où Daladier le Français et Chamberlain l’Anglais se soumettent à Hitler qui n’en demandait pas tant, n’en croit pas ses oreilles,  et se dit que si ses adversaires aussi peureux se couchent devant lui aussi vite il aurait bien tort de respecter sa parole. Le 21 novembre 1938, Winston Churchill lance une alerte qui ne servira à rien.  « Il fallait choisir entre le déshonneur et la guerre. Il a été choisi le déshonneur. Je vous préviens : vous aurez le déshonneur et vous aurez aussi la guerre ». La France continue à tergiverser et espérer en la providence. Hitler multiplie la fabrication de ses avions, canons, chars, sous-marins ……. par 20.

En 1940, les Américains traiteront  les Français de « good-for-nothing » (« bons à rien »). Incapables d’avoir empêché le retour des Allemands. Se retrouvant sans armes, sans préparation. Naïfs et crétins. Pétain nous la rejoue comme en 1917. « Attendre ». Sauf que les américains ne sont pas déjà sur notre sol. Ces américains nous feront patienter jusqu’en 44 nous disant qu’on est juste capables d’appeler les autres à l’aide. Ils le paieront cher en vies humaines. Et nous aussi !

En 1918, libéré des prisons allemandes,  le Capitaine Charles de Gaulle assène qu’il ne faut pas se laisser de nouveau avoir par notre attentisme légendaire. Lui qui a chargé des chars avec ses chevaux. Qui a été blessé. Lui qui y a gagné une médaille mais a déclaré que ce ne sont pas les médailles qui fabriquent les victoires.  On le prend pour un agitateur dangereux. A la fin de la guerre il tentera de faire passer ses idées aux jeunes futurs officiers qui préfèrent apprendre à monter à cheval que de savoir piloter un avion. En 39, la France n’a que ce qu’elle mérite. C’est Pétain qui appelle de Gaulle à ses côtés. Mais ils n’ont plus rien à partager. Au contraire.  Dans une France qui estime à la veille de la deuxième guerre mondiale qu’il est inutile d’avoir de l’armement, des soldats, une capacité à se défendre. Et qu’il suffit de savoir négocier. Ça ne vous dit rien ?

En 2017, nos politiques ressemblent à ceux de 1939. Qui se mettent encore la tête dans le sable devant les problèmes d’identité, d’immigration, de sécurité. « au secours, on touche à mes Libertés » dit on à la gauche de la gauche ; « Cachez moi cet état d’urgence que je ne saurais voir » disent les bien-pensants effarouchés. Qui seront les premiers à supplier de l’aide si les choses tournaient mal un jour. « Au secours, Oncle Donald, peux tu nous prêter les Expandables ? » Tragique !

Croyez vous que les Français d’aujourd’hui  soient assez intelligents pour mettre à leur tête des gens capables de les défendre, d’affronter les problèmes ? Croyez vous que les choses ont vraiment changé ?

Alicia

-o-

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