Des « Femmes à la barre »….. sur l’eau, dimanche dernier à Argelès

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      Un de ces grands bateaux qui régatait dimanche à Argelès

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Dimanche dernier, à l’initiative du Yacht Club Argelès et de ses sympathiques membres, se déroulait une régate intercommunale de grands voiliers habitables, de 30 à 40 pieds de long, (8 à 12 mètres de long) sur lesquels on trouve généralement entre 4 et 8 équipiers en plus du skipper.

De grands voiliers du Barcarès, de Canet, Saint Cyprien, Argelès, Port Vendres et quelques autres ports étaient sur la ligne de départ sur le magnifique plan d’eau d’Argelès.

Cette régate a une spécificité : de l’instant où sont larguées les amarres jusqu’au retour à poste dans le port, il ne peut y avoir qu’une personne du sexe féminin à la barre. Cette compétition s’appelle d’ailleurs : « une femme à la barre ». Sur certains bateaux, ce sera la même personne de bout en bout. Sur d’autres, les femmes se relaient. Ce qui n’interdit pas aux hommes d’être présents à bord des bateaux, car il faut aussi hisser les voiles, sortir le spi, raidir le pataras, tourner les manivelles…..  Dimanche certains équipages étaient mixtes, d’autres composés uniquement de femmes. On n’est plus au 19ème siècle, et on ne fait plus de différence entre femmes et hommes dans le milieu de la voile. Et voir une femme, puéricultrice durant la semaine, et le dimanche avec un clef à mollette et penchée sur le moteur n’étonne plus personne.

Le matin, le rituel est toujours le même : avant d’embarquer c’est le briefing pour tous les équipages. On prend connaissance du point météo, on découvre le parcours expliqué par les juges arbitres fédéraux de la Fédération Française de Voile (FFV), on enregistre tous les membres des équipages en vérifiant qu’ils sont bien à jour de leur licence, de leur cotisation et qu’ils ont un équipement vestimentaire adéquat pour naviguer. Puis de façon aléatoire, on vérifie sur un bateau pris au hasard, que les équipements de sécurité sont au complet. Ce qui ne pose jamais de problème. Mais tout cela relève d’un processus immuable qui démontre que pour les marins la sécurité prime sur tout le reste.

D’ailleurs à bord, quelque soit le temps, bottes, harnachement et gilet de sécurité sont obligatoires. Et on les porte bien sur. Et la première fois qu’on embarque comme novice sur un voilier, il faut prouver que l’on sait très bien nager en passant au moins une fois sous la quille ! A Paimpol, il y a quelques années, quand un équipier rechignait à plonger, on jetait dans l’eau un porte clefs en lui faisant croire qu’il s’agissait de ses clefs de voiture. S’il ne goutait pas la plaisanterie, on ne le revoyait plus. S’il plongeait avec le sourire, il avait passé avec succès la dernière épreuve initiatique qui garantissait de son intégration dans l’équipe.

Puis c’est la régate qui se déroule en plusieurs manches, avec un parcours où des bouées sont à respecter et à contourner, et les juges dans des canots pneumatiques apprécient les manœuvres, le respect des bouées, le respect des priorités car sur la mer il existe un code, et le comportement des barreurs car la régate ne doit pas se confondre avec la formule 1. Et prendre des risques et casser du matériel peut coûter cher à tous les équipiers car il n’existe pas d’assurance pour cela et on prend sur la caisse de bord.

Dimanche, les équipages, qui se connaissaient presque tous ont livré un combat acharné dans les règles de l’art jusqu’à l’arrivée. Mais il s’agit toujours d’un match amical. Et à peine descendus de son bateau on se congratule entre « voileux ».

Ce fut une belle régate pour notre plus grand plaisir car la vue de ces grands bateaux nous réjouit toujours.

Nulle surprise si c’est un bateau de Canet, appartenant au Président de son Yacht Club, qui en est sorti vainqueur. Car sur son bateau, il existe dans ses équipiers la parité entre hommes et femmes qui sont tous polyvalents et peuvent aussi bien tenir la barre, carguer la grand’ voile, tracer la route au compas sur la carte, se servir du sondeur, du GPS, répondre à la VHF, tenir le chronomètre, faire engouler le spi, ou grimper au sommet du mat pour décoincer l’éolienne. Et pour ces équipières, donc, parfaitement amarinées, ce dimanche il n’y avait aucune appréhension à se retrouver en responsabilité.

Puis c’était la remise des Prix, suivi du pot de l’amitié pour clôturer la journée. Mais lorsque la journée se prolonge par un barbecue, il n’est pas interdit aux équipières de se remettre prestement en jupe, robe de cocktail, et de faire valoir leur féminité. Et pour les hommes de mettre, s’ils le veulent, quoique cela devienne plus rare, une cravate. Avant de retourner les grillades, puis tous se mettre à faire la vaisselle  et empiler les chaises ! Sur un bateau une femme est l’égale de l’homme. Mais elle doit assurer le même rendement. Et surement pas se retrouver cantonnée à la cuisine.

Dimanche à Argelès, les équipages ne se sont guère attardés. Car pour beaucoup, une fois la régate terminée, il fallait ramener le bateau à son port d’attache. Pour certains, ce qui n’était pas le choix de tous, on pouvait enfin mettre en route le moteur, pour rentrer plus vite.

Élitiste, la voile ? Sûrement pas. Bien des bateaux sont en co-propriété. Ils peuvent appartenir à 3, 4, 5 propriétaires en même temps qui doivent s’entendre parfaitement et les équipiers participent selon leur possibilités financières aux frais d’entretien du bateau. Chaque année on fait un budget et tous les travaux qu’on peut faire soi même sont une économie. Dans les propriétaires ou équipiers on trouve des infirmier(e)s, employé(e)s, pompiers, chauffeurs routiers, policiers, cuisiniers, enseignants, comme un dentiste, un kiné, un architecte et plusieurs étudiants, et c’est un endroit d’une grande mixité sociale.

Et on navigue de 16 à plus de 80 ans. Mais on se perfectionne en permanence. Chaque année on participe à des conférences sur la météo, sur la sécurité, la réglementation. A des séminaires sur les moteurs diesel, ou l’art de préparer de la résine pour réparer le bateau. En hiver, durant plusieurs semaines, on met le bateau à sec et on passe ses weeks end  à le maintenir en bon état et on refait l’électricité, la plomberie ou l’accastillage. En été, pendant leurs congés annuels, des équipiers qui ont décroché au bout de 5 ou 6 années de théorie et de pratique, un monitorat de voile iront – bénévolement – encadrer des élèves, à Concarneau ou Bonifacio. Dans une association comme « Les Glénans » qui a formé presque tous les grands champions de voile, et qui a un centre pilote à Sète-Marseillan, bien connu de tous les marins de notre région. D’autres, s’ils ont le permis hauturier,  en échange d’un billet d’avion,  achemineront ou ramèneront de Grèce, d’Écosse, des Baléares,  un grand voilier de 50 ou 60 pieds avec des cabines,  sur lequel des croisiéristes ont acheté un séjour auprès de leur agence de voyages. Naviguer à la voile est une passion. La voile est un hobby qui vous prend tout votre temps et qu’il faut aimer mais qu’il vaut mieux partager avec son conjoint ou sa conjointe. Et le lundi matin tout le monde repart à son boulot, fatigué, mais l’esprit ouvert et jamais désemparé face à n’importe quelle situation de crise.

Porteuse de tradition ? La voile l’est sans aucune ambiguïté. On pense d’abord à la sécurité, la sienne et celles des autres. On regarde la météo, on s’enquiert des consignes, on obéit de façon réactive et immédiate et sans broncher au barreur, car il peut en dépendre de chavirer ou non. On a un comportement respectueux et toujours courtois envers tous et une attitude exemplaire. Une fois arrivés à bon port, on astique, on range, on participe à la cuisine, sans qu’on vous le demande, et on se rend utile et même indispensable. Et mal de mer s’abstenir !

Un dimanche de régate on peut se présenter au port pour essayer de trouver une place d’équipier ou d’équipière. Plutôt difficile et pourtant la plupart des équipiers ont commencé de cette manière. Mais un jour de régate, on ne monte jamais à bord de ces voiliers en touriste, pour « faire du lest », sans équipement et sans la volonté de s’intégrer en commençant par participer aux corvées, à la préparation du bateau. Parfois plus longue que la navigation.  Et toujours avec le sourire ! La plupart ne reviennent pas.

Et pour celui qui est venu sans une forte motivation et l’esprit de partage, si on se passe le mot entre bateaux,  la prochaine fois il restera sur le quai.

Le podium dimanche dernier à Argelès. Qui peut encore penser que la voile est un sport réservé uniquement aux hommes ?

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