Les amis de Patrick Sperring témoignent pour Blog-Cabestany !

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Nombreux étaient les proches, les amis, de Patrick Sperring, venus assister à ses obsèques samedi dernier à Canet. Il y avait des élus, beaucoup d’élus. Il y avait des jeunes de Cabestany venus rendre hommage à l’ancien Président de leur Club Sportif. Il y avait de l’émotion, du recueillement, de la tristesse. Beaucoup de tristesse.  Et que trouver à dire à sa famille, à ses enfants pour tenter de les consoler ?

patrickPatrick, qui aimait tant la vie.

Blog-Cabestany aura reçu de nombreux témoignages de ses amis. On a demandé à plusieurs de nous écrire un petit texte sur Patrick mais tous étaient trop bouleversés. On a demandé la même chose à Hervé qui nous a dit qu’il n’était pas encore prêt pour ce genre d’exercice. Il nous a expliqué pourquoi, il nous dit sa peine. Alors on lui a tendu notre téléphone portable et on a enregistré ce qu’il nous disait de façon improvisée. Des phrases sans doute mal organisées, non préparées, maladroites. Qu’importe ! Un moment de spontanéité. Si ce n’est pas du Malraux, et s’il regrette de ne pas s’y être préparé, on lui pardonnera bien volontiers !

Hervé témoigne et nous dit :

          Je n’étais pas son meilleur ami à Cabestany et je ne suis peut être pas le mieux placé pour parler de lui. Il me faisait l’amitié de venir boire de temps à autres un café à la maison et nous aimions parler de politique ou du monde anglo-saxon où j’ai également des racines familiales. Tous deux militants de la Droite Républicaine et rejetant avec force les extrêmes, tous les extrêmes, il y avait entre nous la connivence de gens qui n’ont pas exactement la même sensibilité, mais qui s’autorisent à critiquer leur propre parti et même à s’autocritiquer. Car il n’était ni Gaulliste, ni souverainiste comme je le suis. Il était Européen, républicain, démocrate, partisan de la proportionnelle et des contre pouvoirs qui sont indispensables à nos démocraties. Mais on se rejoignait sur l’essentiel, sur Cabestany, et sur la nécessité de militer pour défendre les valeurs auxquelles nous étions tant attachés et nos libertés

Patrick était fier et indépendant et avait une grande force de caractère. Qui pouvait dérouter, avant que l’on découvre qu’il avait un cœur d’or et l’esprit très ouvert. Il l’expliquait par ses origines Galloises. Comme son nom, Sperring, l’indique peut être ? Il redevenait Gallois juste le temps d’un match de rugby mais il lui préférait le football. Ancien Président du COC à Cabestany, il était de ceux qui pensent que le sport forme à l’école de la vie et qu’il faut inciter les jeunes à pratiquer. Il les encadrait et y consacrait beaucoup de son temps et de son énergie qui semblait inépuisable. Etre bénévole ou s’engager dans tout ce qui était associatif lui correspondait bien.

Il était le fils d’un héros de la Royal Air Force. Rien de surprenant qu’il fut attaché aux commémorations, et en particulier celle du 8 mai 45, pour lesquelles il trouvait qu’on oubliait de préciser qu’il s’agissait d’une victoire des « Alliés ». Il disait que le jour où les alliés historiques de la 2ème guerre mondiale se diviseront, il en sera fini de notre civilisation occidentale.

Ce qui expliquait parce qu’il était féru d’Histoire. En particulier des grands événements survenus depuis un siècle au niveau mondial. Il pouvait disserter aussi bien sur le Tibet que sur le détroit de Magellan, sur les réserves des produits fossiles dans le monde, le réchauffement climatique, la mondialisation et se passionnait pour la géopolitique. Il pouvait en débattre durant des heures avec une vision de « citoyen du Monde ». Il adorait aussi la littérature, la musique, l’art, et tout ce qui touche à la culture. Il cultivait l’amitié, mais c’est sa famille qui passait avant tout.

Il s’inquiétait ainsi beaucoup des problèmes d’environnement et de ceux touchant notre département. Il parlait des pesticides, des nitrates, de tout ce qui nous empoisonne. Il parlait de l’eau, indispensable à la vie. Et de l’épuisement de la ressource. Et il maudissait ceux qui bétonnent sans se préoccuper de l’avenir de nos enfants.

Français, il l’était. Au moins autant que nous, sinon plus. Et patriote avec une approche très anglo-saxonne qui veut que l’on vénère le pays où l’on vit, sa culture, ses us et coutumes. Le 14 juillet était « sa » fête nationale. Il ne comprenait pas qu’en France il puisse y avoir des gens qui ne respectent pas le drapeau et la patrie. Un sacrilège. Et peu importe qu’on soit ou non français, né ou non en France, de parents ou non Français. Permettre que l’on ne respecte plus le sol sur lequel on a la chance de vivre était, à ses yeux, un renoncement coupable de nos élites, sans distinction de gauche, ou de droite.

Il s’était tenu éloigné de la politique jusqu’à l’âge de 50 ans. Il ne s’agissait nullement d’un rejet mais tout le contraire. Car il avait une haute idée de la politique qui est noble, disait il, à la seule condition d’être au service du peuple. Et il citait la Grèce Antique, berceau de la démocratie et ses philosophes. Mais il avait horreur de cette politique « politicienne » au service de partis et de dirigeants qui ne pensent qu’à défendre leurs doctrines, leurs dogmes et à endormir le peuple. Peut être ne se serait il jamais engagé en politique s’il n’avait pas habité Cabestany, expliquait il. Une de ces villes où les citoyens adorent encore – comme le veau d’or – une idéologie dépassée et ringarde.

Il s’était intégré à notre équipe de la Droite Républicaine, il y a environ dix ans. A ses conditions précisait il. C’est à dire avoir sa liberté de parole, dire ce qu’il voulait quand et où il le décidait. Mais son charisme opérait et on était le plus souvent d’accord avec lui quand bien même il s’écartait du « politiquement correct » de la Droite. Il était quelqu’un qu’on avait juste envie de suivre. On l’avait suivi lorsque ‘il avait refusé, avec Colette, de se représenter en 2010 suite au simulacre de démission du conseil municipal. En 2014, Colette et lui avaient mené une campagne qui nous faisait honneur. Car peu importe d’être ou non élu et de siéger expliquait il. S’engager en politique c’est se créer à soi même un devoir de vérité vis à vis des électeurs. Briguer un mandat pour n’occuper qu’un siège était condamnable à ses yeux.

Dans le privé il était Administrateur de Patrimoine. Cela recouvre sans doute bien des choses mais il ne parlait jamais de son travail. Dans le privé, qu’on lui soumette le bilan d’un commerce, d’une entreprise et il donnait rapidement un diagnostic sur la santé de l’affaire. Sur ce qu’on pouvait entreprendre ou ce qu’il était trop tard pour faire ! Et ses avis étaient précieux et écoutés. Pour ce qui est des finances municipales, là où l’on ne comprenait pas toujours tout, il lisait à livre ouvert. Il était capable de faire une synthèse de nos finances en quelques phrases. Le jour où le citoyen Cabestanyenc se réveillera, disait il, il pleurera mais il sera trop tard.

Ce qui ne l’empêchait pas de modérer ses amis lorsqu’il les trouvait excessifs en matière de politique. Il donnait une grande importance aux faits, aux chiffres, et n’était pas du genre à s’emballer autour d’une idée. Il ne supportait ni les rumeurs ni les ragots. Défenseur de la présomption d’innocence, si un fait n’était pas établi, avéré, prouvé, il était le premier à calmer le jeu. Une exigence de vérité. Un point sur lequel il était d’une intransigeance absolue. En matière de justice, de loyauté, de citoyenneté. Il attachait un grand prix au respect de l’Environnement. Il était le premier à mettre en avant les droits de l’homme.

Car il était aussi un humaniste. Sans doute plus que nous tous. Sa vision était que la France avait toujours été un pays d’accueil et d’intégration. Et donc d’immigration, un sujet qui nous divisait souvent. Mais pour lui qui était Européen dans l’âme, il expliquait aussi que cette façon de laisser nos frontières ouvertes à tous les vents sans qu’aucun de nos dirigeants politiques n’organise ou ne régule quoi que ce soit était criminel. La passivité de ceux qui nous gouvernent l’exaspérait. Et que cela n’aurait qu’une seule conséquence : le citoyen français se mettrait à rejeter l’autre. Tous les autres. Sans distinction. Et cela ferait un jour le jeu des extrêmes ! A moins que cela ne soit ainsi programmé, soupirait il.

On pourrait parler encore de lui pendant des heures. Il aura fait partie des personnes que l’on croise un jour dans sa vie, qui ne vous laissent pas indifférents et dont la disparition vous touche comme s’il était de votre famille. Mais il l’était …. de notre famille. Et il était une belle personne. Au revoir Patrick. Car selon mes convictions intimes, je crois qu’il est écrit dans l’ordre des choses qu’il ne s’agit que d’un au revoir.

Et excusez moi auprès de vos lecteurs de ma gaucherie mais je suis encore sous le choc et j’aurais préféré partager ce petit moment avec Patrick  plutôt qu’avec vous.

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