Au revoir, Lucien Garcia, notre ami à Cabestany !

by

lucien garcia

 

 

Le parcours d’un enfant de France, né à Aïn Temouchent, surnommée la Perle de l’Oranie, en octobre 1921, et qu’il considérait comme sa terre d’origine, mais de façon simple, comme chacun de nous considère qu’il en a une, quelque part, où sont ses racines. Et dont il gardait les meilleurs souvenirs, même si la vie y était rude, semble t’il, mais on garde toujours un souvenir béni de son enfance. Avait il vraiment ses 18 ans accomplis lorsqu’il s’était engagé volontaire pour défendre son pays et les siens ? Qu’importe ! Il était passé par l’Italie où il débarqua en 1943 avec les Français Libres et continua son périple pour délivrer la France en 1945, cette France métropolitaine qu’il découvrait pour la première fois mais qui était sa patrie et pour laquelle il n’avait pas hésité à risquer sa vie.

Il vient de s’éteindre, comme une petite bougie, car il était très faible depuis quelques jours. Nous présentons nos regrets et assurons de notre amitié son épouse et ses enfants.

Notre ami Lucien, Chevalier de la Légion d’Honneur et Croix de Guerre 39-45, n’aimait plus trop ces derniers temps qu’on lui parle de son passé et de son attitude héroïque. Il rappelait le lourd tribut payé par sa famille durant cette guerre qui avait vu disparaître ses deux beaux-frères, morts au champ d’honneur.

Et il ne pouvait s’empêcher d’avoir un mot pour ses compagnons, disparus à ses côtés durant les combats, ou partis depuis, et dont certains avaient gardé de lourdes séquelles dans leur chair. Il pensait aussi à leurs épouses nous disant un jour qu’il lui arrivait de ressentir un sentiment de culpabilité parce que lui s’en était sorti. Mais pas forcément indemne puisqu’il nous disait qu’avec l’âge lui revenaient des souvenirs qu’il pensait enfouis à jamais et surgissaient brutalement sans qu’il le souhaite. Que dans ses rêves qui étaient parfois – mais heureusement pas trop souvent – des cauchemars, il revivait certains épisodes de sa vie. Rien d’obsessionnel, mais ce qui le troublait le plus était que sur des visages qu’il revoyait comme des flashes dans ses pensées après tant d’années, surgissaient des noms dont il avait été incapable de se souvenir durant des décennies quand il avait essayé de les retrouver.

C’était il y a trois ou plutôt quatre ans. Sur un banc. On se connaissait – alors – à peine et on l’avait interviewé de façon très journalistique. Et d’ailleurs avait il compris – ce jour là – qui nous étions ? Il s’était laissé embarquer. Un moment privilégié, unique, et chargé d’émotion. On voulait en savoir juste un peu plus sur sa vie actuelle plus que sur son passé. Et ça tombait bien car il avait été touché qu’on s’intéresse à lui et à sa vie  qui était celle de Monsieur Tout le Monde avec sa famille et ses amis,  et il n’avait pas envie de raconter, de rabâcher toujours le même discours. La seule chose qui semble intéresser ceux qui d’habitude me questionnent, disait il, était « sa » guerre. Dont il n’avait plus envie de parler. Et peut être nous avait il dit ce jour là ce qu’il n’aurait pas révélé à des intimes. Sa voix était encore ferme et son pas assuré alors qu’il venait tout juste de fêter ses 90 ans, et n’en revenait pas. « Peut être que mes amis disparus depuis tout ce temps, disait il, m’attendent quelque part, et peut être qu’ils me réclament. Mais ils peuvent encore attendre un peu car je ne suis pas pressé. »

Nous ne sommes pas les mieux placés pour parler de lui. D’autres, de nos amis, à Cabestany, étaient bien plus proches de lui que nous mêmes et étaient ses intimes dans sa vie personnelle. Il y a aussi les anciens combattants et les militaires qui connaissent plein de détails que nous ignorons. Ils seraient tous à même d’en parler mieux que nous s’ils le souhaitent. Et avec les mots qui conviennent. Qu’ils nous écrivent. Nous pourrons mettre en ligne leurs témoignages s’ils le souhaitent.

Lucien aimait poser pour les photos. De façon modeste, et toujours souriante mais à ses conditions. Les photos ce n’est pas pour moi, précisait il. Avec avec sa gentillesse naturelle, il nous faisait promettre de les montrer à sa famille.

Ce n’est qu’un au revoir, Lucien. Beaucoup de tes amis t’attendraient donc déjà au paradis. Gardes nous une petite place ! Et on a bien de la peine.

-o-

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